Incursion
Il y a encore eu une incursion israelienne aujourd'hui. Ca doit etre la quatrieme depuis que je suis la. Il etait quatre heure de l'apres-midi. Je m'apprettais a aller manger chez Samira, la prof d'anglais d'Al Rowwad, et les soldats sont entres dans le camp. Plus question d'aller nulle-part.
Attendre que ca passe, de preference a l'interieur, pour ne pas respirer les lacrymos.
J'ai ete voir avec Karim ce qu'il se passait dans la rue...
En rentrant au centre, Abed attend sur le seuil de la porte. Il verifie que les petits restent a l'interieur. Je l'interroge.
Je ne l'avais jamais vu comme ca. Abed il est toujours calme, pose et il parle doucement, en controlant ses emotions. Pour la premiere fois depuis que je suis la, il eleve la voix et je sens qu'il est sur le point d'exploser. Mais il se contient, une fois de plus.
Je crois que le mieux c'est d'ecouter le son ci-dessus...
Et puis Hussam, un "grand" de seize ans qui joue dans la piece de theatre, est parti filmer ce qu'il se passait avec une petite camera du centre (ils ont un atelier video).
Personne ne l'a vraiment vu partir. De toutes facons je crois que ca aurait ete difficile de l'en empecher...
Il est rentre dix minutes apres en sang, la camera explosee. Il a recu une balle en caoutchouc juste sur la tempe.
Ibrahim l'a emmene a l'hopital pendant qu'Abed guardait les petits a distance.
Rien de tel qu'une bonne partie de Monopoly pour se changer les idees...
Avec Laure, une Francaise qui est la pour deux semaines, on a enfin pu aller manger chez Samira. Elle habite juste en face du mur. Ici, on mange le matin puis vers 4h et presque rien le soir. Elle nous avait prepare un festin! C'etait delicieux, hyper fin.
Apres une bonne discussion "entre gonzesses", Brahim et Mazen sont venus nous chercher pour aller a Beit Jala, chez Rania, lui souhaiter une joyeuse Paques parce qu'elle est chretienne orthodoxe.
On s'est arreter pour acheter des fleur et une petite carte "Happy Easter".
Rania c'est la psychologue qui vient faire des cours de "psycho drama" avec les enfants du centre. L'idee c'est qu'ils puissent exprimer leurs angoisses et leur stress, qu'ils ne guardent pas ca au fond d'eux. Avec les grands c'est par petits groupes, sous forme de jeux ou d'improvisations qui menent a une discussion. Avec les petits c'est des dessins, etc.
Les gosses l'adorent et je suis vraiment tres admirative du travail qu'elle fait.
Pour ce qui est de l'ambiance ici, elle est un peu plus tendue depuis l'annonce de la decision UE. En fait, c'est pas vraiment de la tension, c'est plutot un ras-le-bol total.
Ils ne comprennent pas, ou comprennent trop bien que le monde a vraiment decide de les laisser crever. En fait ils n'attendent rien de personne et plus rien ne les etonnent.
Hier soir, j'ai ete boire un verre avec deux potes que j'avais rencontre a l'universite de Abou dis. Super soiree, enormes discussions sur la conception de la relation amoureuse ici et "chez nous", sur la situation ici, etc... et aussi sur tous ces "volunteers" qui debarquent ici pour souffrir alors qu'ils ont tout pour etre heureux chez eux. Mais qu'est-ce qu'ilsviennent foutre ici?
La question ne m'etait pas directement posee mais bien sur, ca m'a fait reflechir un petit peu plus encore a ce que je venais chercher ici.
Ce qui est bizarre c'est que c'est comme s'ils avaient completement integre le fait que c'est normal que le monde entier leurs tourne le dos depuis pres de 60 ans. Mais je ne sens pas de haine, pas de revolte. C'est pas normal, mais c'est juste comme ca.
Et moi je me sens un petit peu deboussolee dans tout ca, avec mes grandes idees de justice.
Je ne me suis jamais sentie aussi naive...
Je ne sens pour le moment pas du tout la gouvernance du Hamas dans la vie quotidienne. Ici c'est vraiment"no big deal". La simple logique de l'alternance.
Abed, qui a vraiment une chouette analyse de la situation ici, n'est pas du tout alarme.
Il m'expliquait qu'il y a deux elus dans le camp: un du Fatah, un du Hamas, et que les deux sont des bons gars!
De nouveau l'impression qu'on se fait une montagne de ce truc juste parce qu'on ne connait pas et que la realite est une fois de plus beaucoup plus nuancee que la vision sanguinolante que l'on s'en fait...
C'est completement abberant de leurs couper les vivres. Ca veut dire tres concretement que plus aucun hopital public ne peut fonctionner, plus aucune ecoles public, plus aucune administration, et des fonctionnaires sans salaire... Et apres on s'etonnent qu'ils se tournent vers l'Iran.
Je suis aussi tres choquee de la non-couverture mediatique de ce qui se passe dans les territoires. Je suis un peu nos medias (surtout Libe et La Libre) par internet. L'attentat d'hier a Tel-Aviv fait toutes les unes et c'est tres bien. Mais avez-vous entendu parler du Palestinien jete du septieme etage de son appartement devant ses enfants? Problement pas. Vous ne verrez pas non plus d'article sur Hussam qui s'est pris une balle dans la tete cet apres-midi.
Bon allez, je vais me coucher...
J'espere que ce post n'etait pas trop "emotif", parce qu'on comprend l'emotion dans un sens mais pas dans l'autre.
Difficile de ne pas s'emballer... et puis ce blog ne se veut pas du tout "journalistique" et n'a qu'une diffusion limitee. Je le concois plus comme un "journal de bord" alors j'ai decide que je pouvais me permettre d'y rapporter les choses comme je les ressens vraiment.
Ah oui, desolee pour toutes les fautes d'orthographe dans les precedents posts, je suis sure qu'il y en a sur celui-ci aussi mais j'ecris d'un coup et sans accent, les mots n'ont pas la meme saveur, ni la meme tete...
Pleins de bisous a tous, D.

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