Je rentre dans huit jours, et c’est carrément la course ! Encore plein plein de trucs a finir, de choses a voir, ne surtout pas sous-estimer le temps des adieux… Passer dans chaque maison boire le thé, le café, les biscuits qui vont avec, et le poulet qui suit ! Indigestion assurée. Et pourtant j’ai plein de choses a vous raconter.
Mon père est venu me voir pendant 4 jours. En fait c’était même plutôt trois jours mais c’était bien de l’avoir ici! En si peu de temps, on a bien sur fait beaucoup trop de trucs : Jérusalem, Ramallah, Naplouse, Bethléem, Aida… Je voulais tout lui montrer, lui présenter tous mes amis, dans ce pays ou les trajets sont tellement imprévisibles. Bref, on a passe beaucoup de temps sur les routes mais au moins il aura vu la difficulté de circuler, les check-points improvises… Et puis dans ces petit bus ou dans les taxis collectifs, on fini toujours par entamer la conversation avec son voisin.
J’ai adore lui faire découvrir tout ca ! Ca restera trois jours très forts pour moi ici, avec un petit goût de pas assez…
Comme son avion atterrissait a minuit et que j’allais le chercher a l’aéroport, j’avais décidé de passer la journée a Tel-Aviv, histoire de toucher un petit peu a cet « autre cote ». La plage, les bikini, des cafés branches et des magasins carrément hype. Tel-Aviv c’est vraiment un autre monde.
J’ai aussi été très frappée par tous les sans-abris qui traînent dans les parcs. Il n’y en a probablement pas plus qu’en Belgique, mais de ce cote du mur, c’est quelque chose qui n’existe tout simplement pas.
J’avais rendez-vous avec Tsvika, un ami refuznik de Rowa. (Les refuznik ce sont les Israéliens qui refusent de faire leur service militaire.) Il est réalisateur et a fait son film de fin d’études sur Rowa. C’est comme ca qu’ils se sont rencontres. Le film les montre juste tous les deux en train de discuter de tout et de rien dans une voiture qui les emmène on ne sait pas ou… Tsvika était en fait commandant dans l’armée, dans le Golan. Quand il a été mute a Hebron, il s’est rendu compte que les exercices qu’il effectuait dans les montagnes avaient une application concrète sur la population palestinienne. Il a quitte l’armée.
Il m’a emmenée dans un de ces petits bars hors de prix sur la plage, et il était assez stresse de parler de la situation et de sa « refuznikation ». Peur que l’on nous entende… il n’a pas voulu que j’enregistre. Il m’a d’entrée de jeux demande pourquoi je m’intéressais a ce conflit et pas a un autre. Je lui ai répondu que pour moi, c’était le dernier conflit colonial et il etait pas trop de mon avis. Moi je pensais qu’avec un refuznik, je pouvais y aller franchement.
Mais il a commence a m’expliquer qu’il n’y avait que du sable a Tel-Aviv en ’48 et que personne ne vivait ici. « Une terre sans peuple pour un peuple sans terre », le bon vieil argument sioniste. « De toute facon, ce pays ne leurs a jamais appartenu puisque, déjà avant ’48, ils étaient sous occupation ottomane, puis sous mandat britannique. Et puis, en 47, l’ONU leur a propose un plan de partage, les Israéliens l’ont acceptes, les Palestiniens pas… » J’ai essaye de lui faire comprendre que ce n’etait tout simplement pas acceptable a l’epoque. « Imagine que l’ONU donne aujourd’hui la moitie d’Israel aux survivants du Darfour, sans que les Israeliens soient concertes. L’accepteraient-ils ? » La discussion s’est conclue sur un « ouais, desole, c’est peut-etre injuste mais c’est la guerre. La guerre est injuste et il faut choisir son camp. »
Il ne s’agit pas de guerre mais d’occupation. Un peuple, soutenu par la communaute internationale, en oppresse un autre. Tsvika veut faire des films et des documentaires pour la paix… Mais la paix, elle est entre les mains de son gouvernement. C’est le plus fort qui doit faire le pas. C’est pourtant toujours aux Palestiniens que l’on demande des efforts.
Voila, on etait pas d’accord mais au moins il y a eu moyen de discuter. Et je me suis rendue compte a quel point ils etaient endoctrines. Tsvika est par exemple persuade que le probleme majeur c’est que les Palestiniens les haissent. Ce n’est vraiment pas ce que je constate ici. Quand je parle avec les gens, ils finissent 9 fois sur 10 par me dire que tout ce qu’ils veulent c’est vivre normalement, avoir une vie decente. Ils ne detestent pas les Israeliens, ils detestent leur gouvernement et sa politique sioniste, il detestent les soldats, « mais les gens normaux, on n’a rien contre eux ». J’ai d’ailleurs souvent envie de leur repondre que la quasi totalite de ces « gens normaux » ont fait leur service militaire, mais je me retiens.
La ou je suis d’accord avec Tsvika, c’est que c’est l’Europe qui a permis aux juifs du monde entier de s’installer la. C’etait une belle connerie qu’il serait temps d’essayer de rattraper. Pas en expulsant tous les Israeliens, ce seraient faire la meme betise et ce serait injuste, mais en choisissant une position ferme qui viserait a donner un pays aux Palestiniens aussi, a stopper les colonies et cette politique d’apartheid.
Ce soir-la, j’ai aussi revu Moran, « l’anarchiste contre le mur » que j’avais rencontre a Assira. Autre son de cloche… Lui il est vraiment en desaccord total avec la politique de son gouvernement et il le fait savoir. Il m’a aussi raconte son enfance dans un Kibboutz et les sequelles qu’il en gardait. Bonne soire !
Ci-dessus, le son des vagues de Tel-Aviv… parce que ca fonctionne toujours !
Et puis, quand je suis rentree, on a fait une super fete avec les « boys » pour presenter leur reportage radio sur les droits de l’enfant en Palestine. Ils m’en parlaient depuis des semaines. On a fait un pavé (petits beurres trempes dans du lait, chocolat fondu, petit beurre, chocolat, petit beu…) et ils s’etaient fait super beaux parce qu’ils y avaient les fiiiilles aussi ! Toutes en rose, super appretees, super jolies. Mais attention, c’etaient pas une boum, interdiction de danser !
Ecoutez leur reportage, ca vaut vraiment le coup. Je leurs ai pour finir « vendu » Mickael Jackson pour finir le truc en beaute, mais si quelqu’un a une idee encore plus kitch, je suis preneuse…
Depuis une petite semaine, j’ai commence avec quatre d’entre-eux (ceux qui sont inscrits a Alrowwad) un stage radio intensif, parce que maintenant, Alrowwad a du materiel ! C’etait le cadeau de mon pere quand il est venu ici, leur offrir un MD, un micro, un casque, et tout ce qu’il faut pour qu’ils puissent continuer quand je serais partie. Merci papa !!!
Ils ont choisi de faire un petit reportage qu’ils ont deja intitule « Les falafelles, la nourriture nationale » ! Demain, je leurs explique comment monter leurs sons et vu comme ils sont doues en informatique, ca ne devrait pas poser trop de problèmes.
Et puis le Tom débarque du Caire le 14 normalement… on s’était promis qu’on irait flotter dans la mer morte tous les deux ! Il va probablement rester ici une semaine après que je sois partie et continuer l’atelier radio, histoire qu’ils aient vraiment une bonne base.
Menchoufkum!